Nicolae Bretan

Sur le fil de la mémoire : Un vie agitée, un destin hors du commun
Nicolae Bretan

Le compositeur Nicolae Bretan (né à Nasaud le25 mars1887-mort le 1 décembre 1968 à Cluj)

Interview de Cleopatra Lorintiu avec Madame Edith Bretan – Le Bovit, la fille du compositeur Nicolae Bretan. Elle vit a Washington .

 Chère Madame,une bonne partie de votre vie vous l’avez dédiée en effet pour mettre en lumière le destin de votre père, né à Nasaud, compositeur et musicien.

Mon père, le compositeur Nicolae Bretan, a eu une vie très agitée, qu’il l’a dédiée entièrement à la musique .Il à connu la gloire et également la cruauté d’un régime politique.
C’est vrai. Il était un homme de Transylvanie, il parlait le roumain, l’hongrois, l’allemand ,son père avait un restaurant et il changeait d’endroit vu le „business”.
Nasaud - College George Cosbuc
Je comprends que Nicolae Bretan était également baryton d’opéra ?

Oui, il a étudié le chant à Cluj après il a eu une bourse à Vienne et il est revenue à l’Académie de Bucarest . Normalement il devait être engager à l’ Opéra de Budapest mais il n’as pas eu cette chance. C’était un moment pénible de l’histoire. C’est le poète Octavian Goga,un ami proche de lui,  qui a envoyé une lettre à mon père en  lui disant :„Tu ne comprends pas qu’il ne te prend pas parce que tu est Roumain? Reviens à la maison, en Transylvanie , c’est ici ta place ” .
Et il est revenu en 1917.

D’ailleurs il a vécu la spécificité de la vie en Transylvanie, il en parlait toutes les langues.

C’est vrai: il écrivait très facilement des poèmes dans les trois langues facilement sa langue est restée , disons, la Musique!

Je sais que le manque de tolérance de l’époque l’a marqué profondément.

Vous avez raison: peut être le fait que lui, un gréco catholique a épousé une juive hongroise n’as pas été pardonné par l’intolérance de l’époque. La famille de ma mère a été tuée à Auschwitz, donc j’ai senti toutes les douleurs de cette Transylvanie. Et quand la Transylvanie du Nord a été sous le « Diktat », mon père a lutté avec les Roumains, mais ce sacrifice ne lui a rien rapporté.

Par contre il a refusé systématiquement de quitter le pays! Vous, sa fille, vous étiez à Washington, vous lui avez demandé de vous rejoindre!

Oui, bien sur. J’ai essayé tout faire. Ça se passait dans les années ‚48 …

Donc c’était le grand gel politique. Et toute cette expérience traumatisante a marqué profondément son oeuvre, jusqu’à la fin il a réussi a sublimer, comme d’autres artistes Kafka, Trakl, Fondane, Mandelstam la souffrance dans l’art . Son oeuvre reste l’écho des souffrances d’une Transylvanie ensanglantée. 
Absolument, c’est comme ça. Bretan a composé des lieds roumains, hongrois, allemands mais sa musique et universelle. Aux États Unis c’est le moment d’une certaine réévaluation de son œuvre. Il y a également un concours à l’Académie de musique de Cluj -Napoca, un concours pour les chanteurs des lieds ,concours qui porte, d’ailleurs, aujourd’hui, son nom. Golem CD de Nicolae Bretan

A mon avis c’est important le fait que vous avez réussi par votre ténacité a rendre au publique son oeuvre. Si la première de son œuvre « Golem » a eu lieu le 23 décembre 1924 sur la scène du Théâtre de Cluj et …

… je vous coupe la parole. Golem a été représenté en Suisse avec un grand succès et aux Etats Unis également. La Maison de disques ” Nimbus ” a fait un contrat avec moi pour l’oeuvre entière de Bretan : Golem, Arald, Luceafarul, Horea, les lieds et la musique sacré.
Son premier CD a été lancé aux Etats Unis en 1994 avec une grande publicité dans le magazine ”Art Venus” il est enfin, reconnu du grand public!

Vous étés venues avant 1989, en Roumanie, lutter pour l’oeuvre de votre père… 

Oui, après sa mort je suis venue sept fois pendant 4 années… Vous me voyez, je suis d’acier quand il s’agit de mon père.

Vous avez eu du succès? 

C’est difficile à dire, j’ai eu des succès mais plutôt des échecs.

Pourtant, son oeuvre a été représenté d’une manière, c’est vrai, partielle.

Oui ,l’Opéra Horea qui a eu la première en 1937 sous la baguette de mon père – qui était également directeur de scène. On l’a considéré à l’époque comme une opéra nationale. Au moment du « Diktat de Vienne » la représentation a été annulée.

Donc il était la victime directe des conséquences du « Diktat de Vienne » et de la perte de la partie de nord de la Transylvanie.

Tout a fait, il a été traité de nationaliste a cause de cette opéra dédié au paysan ” Horea “figure emblématique de l’histoire roumaine.
Mais c’est une oeuvre dans la ligne de l’idéologie de la révolution française, vraiment elle n’a pas été comprise.
Après, les communistes n’ont pas pu comprendre la dimension de l’esprit chrétien que Bretan a mis dans ses personnages …
Donc, comme il a dit, il n’a jamais gagné, il n’a pas été compris.
Ce sont les artistes lyriques qui chantent  et apprécient  sa musique aujourd’hui, une reconnaissance tardive, c’est vrai, mais réelle.

Diffusé sur la Chaîne de la Télévision Roumaine 1997 dans l’émission « Point de rencontre ».